Exposition ‘‘Pressing On’’ chez Okoffee Roaster à Bastia du 1er au 30 juin 2026. Présentation d’une collection privée d’onze huiles sur toiles de plusieurs formats allant du 31×41cm au 2,67mx1,46m.
Vernissage le 13 juin avec un accompagnement musical du pianiste de jazz Jean-Baptiste Meunier
‘‘PRESSING ON’’ Anaïs Meunier
Cette première série de toiles est née d’un séjour de cinq mois à Los Angeles, dans le quartier de North Hollywood. Un territoire devenu peu à peu familier malgré son étrangeté permanente. Los Angeles apparaît ici comme une jungle urbaine faite de contrastes radicaux : lignes franches, blocs de béton, enseignes, routes infinies, auxquels répond une nature sauvage, abondante et omniprésente. Inspirée par les peintres réalistes américains de la seconde moitié du XXe siècle, notamment Edward Hopper et John Register, cette série explore des scènes banales : intersections, motels, trottoirs, palmiers et lumières crues. Des espaces ordinaires où subsiste une forme de mélancolie contemporaine et une vision désabusée de ‘‘l’ American Way of Life’’.
Chaque peinture est réalisée à partir de photographies et d’études effectuées sur place. À travers elles, l’artiste cherche moins à documenter la ville qu’à saisir une atmosphère : celle d’un territoire à la fois vide et saturé, libre et confiné, séduisant et absurde, réel et profondément cinématographique. Cette ville où tout semble démesuré, incarne à la fois une fascination immédiate et un profond sentiment de non sens. Un air de liberté plane pourtant sur ces paysages, comme un mirage dans le désert. Bâti sur la société du spectacle, les rues semblent être des décors de cinéma abandonnés : silencieuses, désertées par les passants, à l’exception des lieux emblématiques comme Hollywood Boulevard.
‘‘Pressing On’’ que l’on peut traduire par ‘‘persévérer’’, accompagne cette série comme une ligne de fond. Ce titre évoque d’abord le chemin personnel qui a conduit à la réalisation de ces peintures : un travail construit de manière autodidacte, dans le doute, l’apprentissage permanent et la répétition. Peindre est devenu un acte de persévérance, une recherche perpétuelle de justesse, l’acceptation de l’échec et de recommencer malgré tout. En peignant ces lieux à contretemps dans un monde saturé d’images qui valorise la vitesse, le résultat immédiat et le numérique, l’artiste témoigne une certaine résistance. Une manière d’habiter le temps autrement. Chaque tableau tente de suspendre le rythme imposé par l’époque pour laisser émerger l’attente et la contemplation. ‘‘Pressing On’’ parle ainsi de cette nécessité de continuer malgré l’incertitude tout en cherchant une forme de présence authentique dans un environnement dominé par l’image et l’artifice.
La présence de la musique traverse discrètement toute la série. Trois figures tutélaires y apparaissent de façon figurative ou suggestive : Thelonious Monk, Kamasi Washington et Bob Dylan dont les paroles et les titres de chansons ont inspiré les appellations des tableaux ainsi que celui de la série elle-même. Leurs univers respectifs - le jazz, l’improvisation, la folk américaine, la poésie du quotidien, l’errance et la résistance intérieure - résonnent avec les paysages illustrés de North Hollywood.
Thelonious Monk occupe une place singulière dans l’histoire du jazz. Son jeu au piano immédiatement reconnais sable, échappe aux codes classiques de la virtuosité. Monk compose avec les silences autant qu’avec les notes, faisant des dissonances, des ruptures rythmiques et des accords abrupts une véritable écriture musicale. Son toucher percussif, presque architectural, crée une tension permanente entre déséquilibre et précision. Derrière cette apparente étrangeté se révèle une liberté radicale et une urgence de créer, de réinventer sans cesse le langage du jazz.
Kamasi Washington quant à lui, prolonge cet héritage en y ajoutant une dimension contemporaine : un jazz traversé par le hip-hop, la soul et une énergie spirituelle collective capable de relier la tradition à une nouvelle génération d’auditeurs.
Bob Dylan a donné à la chanson une portée poétique et universelle rare. Ses textes traversent les époques tout en continuant de résonner avec justesse, mêlant engagement, ironie et vision du monde moderne. Cer taines chansons parlent d’elles-mêmes, et peut-être mieux que n’importe quel commentaire. Plus que des références musicales, ses chansons sont devenues des fragments de mémoire collective.
En filigrane, cela fait écho au parcours d’un musicien de jazz venu étudier à Los Angeles, et à la vie construite autour de cette aventure artistique commune. Comme les tableaux, le jazz porte en lui l’idée de recherche, de discipline, d’improvisation et de persévérance. Une manière d’avancer dans l’incertitude et de trouver une voix singulière au milieu du bruit du monde.